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Techniques - Argile

  1. Le matériel nécessaire
  2. Les connaissances techniques indispensables
  3. Les étapes de réalisation
  4. Références

Les différents types d’argiles

La terre cuite, recouvre l’ensemble des objets, fabriqués à partir de terre argileuse, qui ont subi une transformation physico-chimique irréversible au cours d’une cuisson à température élevée.

L’argile est un des plus anciens matériaux utilisés par l’homme. Pétrie avec de l’eau, elle donne une pâte plastique qui peut être facilement moulée ou mise en forme. Après cuisson, elle donne un objet résistant et imperméable. Il est à noter que l'argile sans cuisson ne permet pas d'effectuer autant de détails puisqu'elle est beaucoup plus molle. Ces propriétés remarquables sont à l’origine de son utilisation très ancienne pour réaliser des objets en céramique, en porcelaine... Briques et tuiles sont également fabriquées à partir d’un mélange d’argile et d’eau moulé sous pression et cuit à température suffisamment élevée (1000 à 1 200°C).

La faïence

La terre à faïence est une terre cuite à base d'argile. La plupart des terres cuites de faïence utilisent une terre argileuse de teinte ocre, mélange de potasse, de sable, de feldspath et d'argile.

Ces argiles contiennent assez de fer et autres impuretés minérales pour devenir solides, cuites de 950 à 1 100°C environ. À l'état naturel, elles sont grises, verdâtres, rouges ou brunes à cause des oxydes qu'elles contiennent, oxyde de fer, oxyde de titane et autres. Cuites, leur couleur peut aller du blanc ou du rose au noir en passant par toutes les nuances de jaune, rouge, brun, suivant la qualité particulière de chaque argile et les conditions de cuisson.

Le potier et le sculpteur recherchent une terre à faïence douce et plastique, qu'ils peuvent éventuellement modifier en ajoutant un peu d'argile non plastique, de la chamotte, ou des fibres de cellulose.

Recouvertes de leur émail à base d'étain, blanc ou coloré, les pièces de terre cuite deviennent des faïences. Elles restent cependant, du fait de leur composition, des céramiques poreuses, moins sonores, moins dures, moins denses que les grès ou les porcelaines. La fragilité de l'objet de faïence tient à la double structure de la terre et de l'émail qui la couvre, cuits tous deux séparément. Bien que la faïence soit plus tendre et plus poreuse que le grès, son moindre coût et sa facilité de fabrication compensent ces insuffisances. La poterie de faïence peut être techniquement aussi fine que les porcelaines, bien qu'elle ne soit pas translucide et puisse plus facilement être rayée.

Le grès

Introduit en Occident au XIVe siècle, le grès est un matériau céramique caractérisé par une très grande dureté et une excellente résistance aux agressions chimiques ou climatiques.

Il est fabriqué avec une argile silico-argileuse donnant une pâte de texture fine cuite à haute température, vitrifiée et non poreuse. L'étanchéité des grès les destine très tôt au stockage des liquides.

En Europe, les lieux de production sont initialement les pays rhénans, les régions de l'est de la France et le Beauvaisis. Au XIXe siècle, l'engouement pour les productions en grès conduit de nombreuses régions à développer leurs manufactures. Les céramiques de grès apparaissent dans le centre, en Bourgogne et dans le sud-est.

La porcelaine

La porcelaine est une céramique fine et translucide produite à partir du kaolin par cuisson à plus de 1200°C, majoritairement utilisée dans les arts de la table.

Elle est principalement composée d'un mélange de quartz, de feldspath et de kaolin, additionnée d'argile à pipe (ball clay) afin d'augmenter sa plasticité. Le quartz et le feldspath sont réduits en poudre sous l'action de meules en granit, puis moulus par un cylindre en rotation contenant des galets et de l'eau. Le feldspath permet d'abaisser le point de vitrification de la porcelaine lors de la cuisson.

Les techniques de fabrication de la porcelaine atteignent leur perfection en Chine au XIIe siècle, et, en France, à Limoges au XIXe siècle.

La chamotte

La chamotte, ou tesson broyé, est une argile brute cuite à une température de 1300 - 1400 °C, broyée et tamisée (pour contrôler la granulométrie des grains obtenus). Il s’agit en réalité d’un additif que l’on mélange à la terre de modelage lisse pour lui donner de la consistance, on parle alors de terre chamottée avec différentes granulométries.

Les pièces montées à l’aide de terre chamottée « tiennent » mieux, sans s'affaisser durant leur confection, pour autant que le degré d'hygrométrie et la plasticité de l'argile ne soient pas trop importants.

La présence de la chamotte diminue également le retrait au séchage et à la cuisson, ce qui facilite le séchage et évite les déformations et les fentes, qui se retrouvent souvent après la cuisson, lors de la réalisation d’objets volumineux.

De plus, si la granulométrie de la chamotte est importante, il devient possible de modifier la structure de la pièce en ajoutant des parties nouvelles alors que la pièce est pratiquement sèche.

Selles et tournettes

Selle de sculpture réglable en hauteur
Selle de sculpture réglable en hauteur
Tournette de modelage à poser sur une table
Tournette de modelage à poser sur une table

Pour travailler sa sculpture en argile, le modeleur a à sa disposition toute une palette de plans de travail qu’il choisira selon son usage et le volume de la sculpture qu’il souhaite réaliser. Il existe des selles de sculpture de qualités diverses, l’avantage étant qu’elles sont généralement réglables en hauteur, ce qui permet de les adapter aux dimensions de la sculpture réalisées et ainsi de travailler confortablement.

Les tournettes, qui se posent sur une table, permettent de réaliser de petites pièces, mais l’inconvénient est que la hauteur de la table ne convient souvent pas, or il est toujours préférable de travailler sur une pièce située à hauteur d’yeux.

Les outils de travail

Il existe de nombreux outils à disposition du sculpteur pour travailler l’argile, de nombreux objets usuels peuvent également être détournée pour modeler ou lisser la terre (couteaux, cuillères, bouts de bois...).

Il est important de veiller à toujours travailler avec des outils propres car la terre s’accroche sur les outils où elle sèche et gêne ensuite le modelage en créant des irrégularités.

Mains

Le premier outil du modeleur est ses mains qui permettent de poser la terre, de la façonner et de la modeler. On parle d’ailleurs du « modelé » de la terre que l’on reconnait chez un sculpteur et qui fait sa patte personnelle. N’hésitez pas à vous frotter ou vous laver les mains régulièrement car la terre sèche qui s’accroche dessus (comme sur tous les outils) empêchera vos doigts de glisser correctement sur la terre.

On utilise de préférence les doigts pour façonner la terre plutôt que la paume de la main car celle-ci assèche la terre. Evitez également de pétrir la terre dans vos mains avant de l’utiliser pour la même raison.

Ebauchoirs

Ensemble d'ébauchoirs de modelage
Ensemble d'ébauchoirs de modelage

Pour les parties trop fines pour être réalisées avec les doigts ou si le sculpteur veut donner une matière différente à sa terre (créer des hachures ou d’autres traces), l’ébauchoir permet de travailler la terre efficacement. Ce sont des outils en bois (souvent en buis) de différentes formes, tailles et caractéristiques qui sont indispensables au travail de modelage et de lissage. L’ébauchoir est l’outil de base du sculpteur pour compléter ou remplacer ses doigts, dont il est le prolongement plus fin.

Il existe également des ébauchoirs fins en bois exotique qui permettent de travailler les plus petits détails et sont très agréables d’utilisation. Il est intéressant pour le sculpteur de se constituer un éventail d’ébauchoirs de différentes formes, ce qui lui permettra selon chaque projet et chaque étape de réalisation de choisir l’outil le plus adapté.

Mirettes

Ensemble de mirettes à fil
Ensemble de mirettes à fil
Ensemble de mirettes coupantes
Ensemble de mirettes coupantes

Les mirettes sont des outils à bout en métal avec un manche en bois. Elles servent principalement à retirer la matière, notamment lors du vidage de la pièce. Il existe deux types de mirettes, les mirettes à fil et les mirettes coupantes. Les mirettes coupantes sont les plus efficaces lorsque l’on souhaite retirer une grande quantité de terre (lors du vidage par exemple) ou lorsque la terre est dure, tandis que les mirettes à fil permettent de préserver la qualité de la texture de la pièce.

Il faut évidemment adapter le choix de la mirette à la taille de la sculpture à vider.

La faiblesse des mirettes est souvent l'accroche du métal dans le manche en bois qui a tendance à se détacher dès que l'on force un peu, préférez donc des outils de qualité avec une accroche solide (qui ressemble à un fil de métal enroulé), vous trouverez ces mirettes à fil enroulé dans les magasins spécialisés comme Peter Lavem.

Fil à couper

Fil à couper l'argile
Fil à couper l'argile

Les fils à couper la terre utilisés en modelage sont généralement en métal avec des manches en bois. Ils permettent de couper la terre soigneusement en préservant la forme des deux morceaux. Ils sont notamment utilisés pour couper des éléments de la sculpture proprement lorsque l’on procède au vidage, ainsi les deux côté seront-ils moins abimés que si l’on utilise un couteau et donc plus faciles à recoller.

Couteau

Le couteau est un outil indispensable au modeleur, que ce soit pour couper la terre, pour la lisser ou pour la finesse de sa lame qui permet de réaliser des détails fins. Il permet également de « dessiner » sur la terre. On peut collecter un grand nombre de couteaux différents, avec ou sans dents, arrondis ou pointus à la lame épaisse ou fine, chacun d’eux pourra trouver son utilité selon la partie de la sculpture travaillée ou le rendu souhaité.

Rouleau

Réalisation d'une plaque d'argile
Réalisation d'une plaque d'argile

Le rouleau permet notamment de réaliser des plaques de terre plus ou moins fines, mais aussi de battre la terre pour la compacter. Pour réaliser des plaques de terre, on place généralement la terre sur un film plastique pour éviter qu’elle n’accroche à la planche de travail, puis on l’étale à l’épaisseur souhaitée à l’aide du rouleau, en appuyant bien fort afin d’éviter que ne se forment des bulles d’air.

Pour s’assurer que l’épaisseur de la plaque soit bien uniforme, on peut utiliser des guides en plaçant de part et d’autre de la plaque des tasseaux de bois de l’épaisseur souhaitée sur lesquels on fera rouler le rouleau.

Les outils texturants

Estèques en métal
Estèques en métal

Pour donner à la sculpture ou à certaines de ses parties une texture, on peut utiliser tout outil comme des brosses métalliques, des bouts de bois... A vous de collecter et de laisser libre cours à votre imagination.

Pour lisser une sculpture en terre, il faut attendre que la terre ait une consistance suffisante et l’on peut alors passer dessus un outil lisse, en bois, en métal ou en plastique (comme par exemple une estèque), qui peut être préalablement trempé dans l’eau. Attention si la terre est chamottée, cela peut avoir l’effet inverse en faisant ressortir les grains de chamotte.

On peut également, une fois la terre sèche, utiliser papiers de verre ou laine d’acier pour polir la sculpture.

La barbotine

Pot de barbotine
Pot de barbotine

La barbotine est de la terre séchée, réduite en poudre et réhumidifiée. Cela forme une pâte qui peut servir de colle pour recoller des parties de la sculpture qui se casseraient, réparer des fissures à condition que la terre de la sculpture ne soit pas trop sèche ou pour recoller les parties de la pièce suite au vidage. La barbotine est donc un élément incontournable pour le travail d’une pièce.

Bien sûr la barbotine utilisée pour recoller la pièce doit être réalisée avec la même terre que la sculpture. Il est donc intéressant de laisser sécher un peu de la terre utilisée pendant le travail de modelage de manière à pouvoir réaliser de la barbotine au moment où on en a besoin.

La réalisation de la barbotine commence par le séchage de morceaux de terre. Une fois ceux-ci très secs, ils pourront être cassés et réduits en fine poudre. Cette poudre est versée en pluie dans un pot (avec couvercle de préférence) contenant de l’eau jusqu’à obtenir une texture pâteuse. Eviter de remuer immédiatement car la terre doit d’abord absorber l’eau sinon elle se mettrait en paquets et deviendrait imperméable.

L'utilisation de la barbotine est détaillée dans la partie consacrée aux connaissances techniques indispensables.

La patine

Oxydes

Certains oxydes de métaux sont utilisés en modelage et en céramique pour donner de la couleur aux émaux et aux engobes.

Voici quelques exemples des oxydes les plus courants et les couleurs qu’ils donnent à un émail cuit en oxydation : cobalt (bleu), cuivre (vert, bleu), manganèse (brun, violet), fer (jaunâtre, rougeâtre, verdâtre), chrome (vert, jaune, rouge), nickel (brun, verdâtre, gris), et il en existe d’autres (uranium, titane, vanadium...).

L’intensité de la couleur dépend du taux d’oxyde colorant et du pouvoir couvrant de l’oxyde (par exemple, 0,1% d'oxyde de cobalt va donner un bleu très puissant, alors que le même taux d’oxyde de fer donnera une teinte très pâle).

La température et l’atmosphère (réduction ou oxydation) de cuisson ont une influence sur la couleur donnée par un oxyde. Ces comportements complexes et peu prévisibles expliquent la nécessité d’essais méticuleux mais également la multitude de possibilités.

Cet article reprend de manière très complète les pouvoir colorants des principaux oxydes métalliques : http://terremjcaubagne.over-blog.com/article-le-pouvoir-colorant-des-oxydes-metalliques-39109557.html

Engobes

L’engobe est de la barbotine de terre à laquelle sont additionnés des oxydes permettant de la colorer. L’engobe s’applique à l’aide d’un pinceau à cru sur la sculpture lorsque celle-ci a une consistance de cuir. La pièce pourra ensuite être cuite ce qui fixera l’engobe sur la pièce.

Il existe des engobes toutes faites dans le commerce (attention à choisir une engobe ayant la même température de cuisson que la terre utilisée pour la sculpture), mais il est aussi facile de mélanger de l’oxyde à de la terre. Attention toutefois à la couleur de la terre utilisée, mélanger un oxyde noir à de la terre blanche créera une pâte noire qui virera au gris lors du séchage et de la cuisson (car la terre que l’on appelle blanche est grise quand elle est crue), il vaut mieux alors utiliser la barbotine d’une terre noire (ayant la même température de cuisson et la même rétractation).

Les engobes sont très agréables à utiliser car elles s’appliquent à cru et ne nécessitent donc pas de seconde cuisson. De plus il s’agit de terre teintée ce qui permet de les appliquer plus ou moins épaisses et plus ou moins texturées avec le même plaisir et la même facilité que lors du travail de la terre. Il est également facile de gratter pour retirer de l’engobe mal appliquée.

Emaux

L’émail est une substance vitreuse composée, notamment, de silice, de feldspath, de kaolin et d'oxydes métalliques. Ce mélange, proche d'une terre ou d'une pâte, se vitrifie sous l'action de la température, lors de la cuisson. L’émail peut être appliqué par trempage de la pièce dans un bain, au pinceau ou au pistolet.

Le trempage permet un résultat très uniforme et facile mais nécessite une grande quantité d’émail pour réaliser un bain dans laquelle la pièce pourra être entièrement plongée. Il est donc plutôt adapté aux petites pièces et lorsqu’on a de nombreuses pièces à émailler avec le même émail (raisons pour lesquelles cette technique est généralement utilisée dans les ateliers de céramique). Il faut utiliser des pinces pour tenir la pièce pendant le trempage et faire attention à la partie qu’elles enserrent car l’émail ne s’appliquera pas sur cette partie.

Le pinceau permet d’appliquer l’émail sur une pièce et de créer des décors. Il est cependant difficile à maîtriser car il peut laisser des traces et il peut y avoir des irrégularités dans l’application.

Le pistolet permet une application fine et uniforme de l'émail mais nécessite un équipement adapté (cabine d'émaillage, ventilation...).

Pigments

De nombreux pigments peuvent être utilisés pour réaliser des patines sur des pièces cuites : ocres, terres naturelles ; sans oublier les pigments d’ingrédients du quotidien comme le thé, le café, certains fruits, etc...

Ces pigments peuvent être appliqués à l’eau (couches successives avec ajout progressif de caparol pour fixer les pigments) ce qui donne une patine pleine de nuances et de légèreté (mais aussi qui rend les défauts de la terre plus visibles) ou avec de la gomme laque pour un résultat plus couvrant (par exemple pour obtenir un effet bronze). Il existe aussi des techniques de patine au lait (additionné de talc) qui donnent un effet poudré à la pièce patinée.

N’oubliez pas également des produits colorants avec fixateur intégré comme le cirage ou certaines patines toutes prêtes pour métaux. Leur utilisation se fait directement sans mélange.

Le sujet des patines pourrait faire l’objet d’un long exposé à lui tout seul et n’a pas la place dans cet article. De nombreuses informations, recettes et astuces existent sur Internet pour répondre aux questions de chacun (n’hésitez pas notamment à rechercher sur le très intéressant forum consacré à la sculpture : http://sculpture.forumactif.com). A chacun ensuite de tester et de trouver la patine qui correspond à ses créations. Je vous encourage à conserver des pièces cuites, même cassées, de différentes teintes de terres pour pouvoir réaliser des expériences avant de vous lancer sur vos pièces définitives et à toujours bien noter étapes successives et proportions.

 

 

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