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Techniques - Pierre

  1. L'environnement de travail
  2. Les outils
  3. Les différents types de pierres
  4. Les étapes de réalisation d'une sculpture en taille directe
  5. Références

Définition

La taille directe est une technique de sculpture consistant à travailler un matériau en retirant de la matière de manière directe, c'est-à-dire sans reproduire un modèle préalablement réalisé, contrairement à la technique de taille par mise aux points. C'est une technique très agréable car elle permet de se laisser guider par le matériau, ici la pierre.

J'aborderai dans cette partie, de manière totalement subjective, la démarche que j'ai adoptée pour le travail de la pierre, il s'agit pour moi de faire partager cette expérience merveilleuse qu'est la taille directe.

La conception

Travailler avec la pierre

Il y a deux méthodes pour travailler en taille directe une pierre : définir un projet et choisir une pierre qui lui correspond ou bien choisir une pierre et décider à partir de sa forme quelle sculpture nait de cette forme. Pour ma part, je travaille le plus souvent à partir de la pierre, m'inspirant de sa forme ou d'un élément la contenant pour y trouver l'inspiration. L'élément déclencheur peut être la forme, un élément de couleur ou bien une partie de la pierre brute particulièrement belle.

Pour cette étape il faut bien observer la pierre sous tous ses angles en la plaçant dans diverses positions (en la calant bien avec sacs de sables et/ou coins) pour s'imprégner de sa forme jusqu'à ce qu'une de ces positions convienne. Pour ma part je prend du temps pour cette étape, je garde la pierre pas loin sur une selle et je la regarde jour après jour. Parfois l'inspiration vient immédiatement, parfois c'est plus long, mais il faut libérer son esprit sans idées préconçues.

Ensuite il faut s'assurer que la forme globale (sous tous les angles) de la pierre permet bien d'intégrer l'ensemble de la forme car en taille on ne peut travailler qu'en retirant de la matière et non en en ajoutant. Il est possible de dessiner à la craie sur la pierre sur chacune des faces pour visualiser plus facilement comment va se positionner la sculpture dans le volume existant.

Travailler avec les failles

Certaines pierres peuvent contenir des failles ou des parties difficiles à travailler car fragiles ou partant sous forme de poussière (à cause des infiltrations d'eau). Les parties abîmées devront être identifiées dès de début de la sculpture afin de décider le la meilleure manière de les traiter et éviter toutes catastrophe par la suite. Pour certaines pierres comme le marbre ou le calcaire, la présence de failles dans le bloc peut être identifiée en tapant la surface de la pierre avec la massette, si le son est clair c'est que le bloc est sain et peut donc être travaillé en toute confiance.

Les parties qui partent en poussière ou trop abîmées doivent être retirées dès le début de la conception afin que le sujet choisi prenne en compte la nouvelle forme de la pierre. Elles doivent bien sûr être retirées en travaillant en plan, et non en faisant un trou à cet endroit là ! Une fois toute la partie abîmée retirée, le travail peut commencer. On procédera de la même manière pour des failles très importantes ou situées en bordure de la pierre, il est souvent préférable de faire sauter volontairement une faille lors de la phase de conception que de se retrouver en fin de travail avec une pierre qui se casse en deux et où il est trop tard pour repositionner le sujet...

Pour les failles que l'on souhaite conserver ou pour de petites zones légèrement abîmées, il va falloir travailler avec une grande délicatesse, toujours dans le sens de la faille afin d'éviter de l'ouvrir. Pour limiter les risques de rupture, il est également possible d'utiliser à titre préventif de la colle cyanolite liquide que l'on fera couler dans la faille afin qu'elle se diffuse dans la pierre et la solidifie. Cette opération doit être réalisée régulièrement au fur et à mesure que l'on recule la matière car la colle ne pénètre pas profondément dans la faille. Attention également à la phase de polissage à l'eau car l'eau pénétrant dans la faille fragilise grandement la pierre, la plupart des casses que j'ai pu subir se sont produites pendant cette phase en manipulant la pierre pour polir l'ensemble de ses angles...

Si la pierre a déjà cassé, il vous reste deux solutions : modifier le sujet pour l'adapter au nouveau volume ou recoller avec soin les deux morceaux. Si la rupture est trop importante (pierre cassée en plein milieu du sujet) il faudra changer carrément de sujet car le recollage se verra probablement. Généralement je range les deux (ou plus) morceaux dans un coin pour plus tard lorsque j'aurai envie de faire une petite sculpture. Si la rupture est dans un coin, il faut essayer de voir si une modification mineure ne permettrait pas de s'adapter au nouveau volume. Lorsque le morceau parti est indispensable, il y a toujours la possibilité de tenter un recollage de la pierre. J'utilise une colle spécifique appelée Stéacolle qui fonctionne très bien, même si j'ignore quelles sont ses propriétés exactes…Pour un résultat optimal il faut retravailler un peu la zone collée après séchage (coups d'outils ou polissage) afin de masquer la limite entre les deux parties.

Dessiner sur la pierre

Exemples de dessin à la craie des axes de la sculpture Exemples de dessin à la craie des axes de la sculpture
Exemples de dessin à la craie des axes de la sculpture

Tout au long de la réalisation de la sculpture, il est important de dessiner sur la pierre afin d'éviter de se perdre dans son travail, notamment lorsque l'on est obligé de travailler la pierre dans une position qui n'est pas sa position finale. Cela permet de garder des repères. Pour cela on peut utiliser des craies (pour la stéatite j'utilise des Crayola car ils sont gras et marquent bien), des crayons papier (il en existe des spécifiques, verts, pour tracer sur la pierre). A noter qu'il existe également des pointes tungstène ou diamantées pour tracer finement sur des pierres dures et lisses, mais ils sont principalement utilisés pour la gravure.

Le dessin a plusieurs objectifs principaux : d'abord marquer les endroits qui ne doivent pas être reculés davantage en traçant un contour avec une croix au milieu (le contour un peu plus large que la zone exacte afin d'être certain de ne pas aller trop loin) qui représentera des parties de pierre à laisser absolument telles quelles. Ensuite, on peut tracer les différents axes de la sculpture, notamment lorsqu'on travaille sur des figures possédant un axe central (comme un visage ou un animal par exemple), cela permet de s'assurer de ne pas dévier l'axe en cours de travail, ce qui pourrait être très problématique. Pour le visage on délimitera également en dessin les grandes zones comme le front, le nez et le menton (division verticale en trois tiers) afin de s'assurer que les volumes et les plans seront correctement placés.

Plus tard dans l'avancement de la sculpture, on pourra utiliser le dessin pour marquer des points plus précis de la sculpture et pouvoir s'assurer avant réalisation si c'est correct. En continuant sur l'exemple du visage, on tracera les globes oculaires et on s'assurera qu'ils sont bien tous les deux de la même taille, on tracera la bouche et on s'assurera qu'elle n'est pas tordue… Ensuite on suivra ces dessins pour réaliser ces éléments.

Pour résumer, le dessin doit accompagner tout le processus de sculpture à chaque étape car c'est le seul moyen qu'a le sculpteur qui travaille en taille directe de s'assurer que ce qu'il projette sera bien réalisé car la pierre est parfois trompeuse et ce que l'on croit voir n'est pas toujours exact (il suffit d'un nuage ou d'une différence de couleur dans la pierre pour que l'œil soit illusionné), alors qu'au crayon on peut tracer avec une règle ou une équerre et que l'on sent sous son crayon d'éventuelles déviations dans les lignes. Bien sûr, au fur et à mesure que l'on retire de la matière, il faut redessiner car les traits disparaissent.

Réalisation d'une maquette

Sculpture en marbre accompagnée de sa maquette en terre
Sculpture en marbre accompagnée de sa maquette en terre

Avant de commencer une sculpture en pierre, il est possible de réaliser une maquette, par exemple en terre, qui servira de guide pour la sculpture. Si cette maquette est ensuite suivie fidèlement (en prenant des mesures etc.) alors on ne parle plus de taille directe. Une maquette permet toutefois de se rendre compte du sujet, notamment si celui-ci est compliqué. Elle sert également à montrer le projet avant réalisation à un œil extérieur, un professeur par exemple.

Il est à mes yeux important de ne pas se laisser emprisonner par la maquette car la terre n'est pas la pierre et ce serait dommage de ne pas profiter de ses qualités propres. La maquette ne doit être considérée que comme une approche globale des volumes susceptible de guider le dégrossissage de la sculpture.

Dégrossissage et plans

Importance des plans

Importance des plans
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S'il est une chose essentielle dans la taille directe c'est la notion de plans car, contrairement au modelage, on ne peut remettre un volume qui aurait été retiré par erreur, ni déplacer un élément qui aurait été mal placé. Le moyen d'éviter cela c'est de ne pas rentrer dans les formes, volumes, noirs et détails tout de suite. D'abord se concentrer sur le volume global de la sculpture en le formant par des plans (une courbe est difficile à définir et à visualiser alors qu'un plan est toujours net). La forme globale de la sculpture naitra donc par un ensemble de plans construits progressivement et de plus en plus précis, c'est ce qu'on appelle l'épannelage.

Si j'utilise toujours l'exemple du visage, voici quelques étapes de travail en plan citées à titre d'illustration :

  1. Je vais commencer par tracer l'axe vertical du centre de mon visage et réaliser de part et d'autre deux plans inclinés.
  2. Je divise alors le visage en trois parties égales horizontalement et je trace ensuite l'axe horizontal à partir du point le plus haut (le bout du nez, deux tiers au dessus un tiers en dessous) et je réalise de part et d'autre deux plans inclinés.
  3. Je retrace mes trois parties horizontales et je crée un à-plat pour le front (tiers supérieur) qui me permet d'accentuer le plan du nez.
  4. Je crée les plans de la bouche à partir de son axe horizontal (à la moitié entre le bout du nez et le bas du menton) et du menton, les plans de part et d'autre du nez (en triangle) et les axes des yeux au niveau de l'axe du tiers supérieur (en faisant bien attention au fait que l'œil est une boule volumineuse).
  5. Je trace les côtés du visage et crée les plans plus accentués qui feront ressortir le visage en faisant attention à ne pas trop reculer les pommettes.
  6. J'accentue l'ensemble des plans et je les courbes lorsque c'est nécessaire, jusqu'à m'approcher des volumes réels.
  7. Ce n'est qu'une fois les volumes mis en place que je commence à réaliser les détails de la sculpture

Travailler avec les coups d'outil

Exemple d'écritures sur la pierre avec la fourrure et la crinière du lion
Exemple d'écritures sur la pierre avec la fourrure et la crinière du lion

Chaque choc reçu par la pierre laisse une trace plus ou moins profonde selon la force et l'angle selon lesquels il est donné. Il est donc important lors de toutes les étapes du travail de faire attention à ne pas inscrire dans la pierre des traces trop profondes qui ne pourront par la suite être retirées qu'au prix du retrait d'une grande quantité de matière. Si la pièce est par la suite polie, il faudra impérativement que toutes les marques de coups d'outils aient disparu grâce au passage du rifloir, cela peut être une longue étape car les coups peuvent être étonnamment profonds, ce qui peut même obliger à refaire certaines parties de la sculpture...

Si la pièce n'est pas ensuite polie, les coups d'outils formeront ce que l'on appelle l'écriture, c'est-à-dire un ensemble de traces qui conduisent l'œil du spectateur à travers les volumes de la sculpture. Il est donc important que cette écriture soit belle, c'est-à-dire qu'elle soit en harmonie avec les volumes de la sculpture. Pour cela il est important dès le début du travail (même si on est alors encore très loin du volume final) de travailler toujours dans le sens du volume. De plus cela permet dès que le volume est à la bonne hauteur de pouvoir arrêter son travail, sans être obligé de retirer plus de matière pour faire disparaître une écriture qui ne serait pas jolie.

Pour assurer des coups d'outil formant une belle écriture et limiter les marques visibles au polissage, il y a plusieurs conseils utiles à respecter. Tout d'abord trouver un geste régulier et détendu qui assurera l'uniformité de l'écriture et évitera de se laisser aller à des coups trop forts. La main tenant l'outil doit être détendue, l'outil peut glisser dans l'autre main facilement, les muscles ne sont pas crispés dessus, le bras qui tient la massette est lui aussi détendu dans un grand geste. Lorsque la massette frappe l'outil, les deux bras prolongent son mouvement. Cette manière de travailler assure non seulement la qualité des coups, mais permet aussi de travailler de longues heures sans fatigue ni courbatures ni mauvaises vibrations susceptibles de causer des problèmes articulatoires.

L'angle d'attaque de l'outil sur la pierre est un paramètre essentiel permettant d'éviter marques profondes, voire même cassures de la pierre, l'outil ne doit jamais frapper la pierre selon un angle droit, mais toujours en glissant sur sa surface et en retirant un peu de matière à chaque passage.

Enfin attention à ne jamais travailler les angles de la pierre vers l'extérieur, mais bien toujours vers la pierre afin d'éviter la casse de l'angle.

Les volumes et les noirs

Une fois les plans mis en place il est temps de s'intéresser au travail sur les volumes pour donner à chaque partie du visage son volume définitif (une peu plus gros car le polissage atténuera les volumes formés). Cela est très important car il est primordial de ne pas placer au mauvais endroit volumes et noirs.

La création des volumes formera ce que l'on appelle des « noirs », c'est-à-dire les ombres créées par la rencontre entre deux volumes. Le travail des noirs est particulièrement important car ce sont eux qui mettront en valeur les volumes de la sculpture, ils doivent donc être bien dessinés, ce qui peut représenter un travail assez long. Assurez-vous avant de les créer qu'ils sont bien placés car sinon il faudra réaplanir toute la surface et recommencer les volumes et les noirs ce qui représente beaucoup de travail et une grande perte de matière !

Affiner la forme et retirer les coups d'outil

Des rifloirs, du plus grand au plus petit...
Des rifloirs, du plus grand au plus petit...

Une fois la forme de la sculpture mise en place, il est temps d'affiner l'ensemble pour lui donner sont apparence finale, en faisant bien attention de retires les coups d'outil qui forment des traces sur la pierre. Il faut évidemment éviter dans la mesure du possible de refaire de nouveaux coups d'outils qui devraient à leur tout être passés...

Si les coups d'outils sont profonds, il faudra les retirer au ciseau en travaillant délicatement afin de ne pas laisser de nouvelles marques. Il faudra ainsi s'assurer de retirer l'ensemble des marques de la sculpture (notamment dans les noirs !) ce qui permettra de savoir quelle est la matière qui pourra être passée au rifloir puis polie.

Si les coups d'outils sont peu profonds, s'ils ont déjà été en partie retirés ou si la pierre est très tendre, les coups d'outils peuvent être passés à l'aide d'un rifloir. Le rifloir va frotter la matière pour en retirer un peu, laissant de légères traces qu'il faudra ensuite retirer avec un rifloir plus fin... C'est un travail qui peut être fastidieux, il est donc important de s'assurer avant de commencer qu'il n'y a pas des coups d'outils profonds qui nécessiteraient de retirer beaucoup de matière car alors il est largement préférable de commencer par un retravail au ciseau.

Le polissage

Une fois la forme définitive réalisée et les coups d'outil passés, peut commencer la dernière étape de la sculpture qui est le polissage.

Il m'arrive souvent de faire une étape de polissage en cours de travail de ma sculpture, cela permet de se rendre compte de la matière et de la couleur de la pierre avant d'avoir totalement figé la sculpture et éventuellement en fonction de celle-ci de modifier légèrement ce qui était prévu. Le passage du papier de verre ou du carbo le plus fort est alors suffisant pour donner une idée de rendu (en général le 320 est parfait pour cela, en frottant énergiquement on parvient à se faire une bonne idée de l'apparence que prendra la sculpture une fois polie). C'est particulièrement intéressant dans le travail des stéatites qui réservent souvent des surprises de couleurs et pour l'albâtre pour révéler les nuages dans la pierre.

Une fois le travail de volume de la sculpture terminé, arrive donc l'étape du polissage final qui doit être réalisé avec beaucoup de soin car c'est lui qui révèlera le brillant de la pierre et mettra tout le travail de volumes et de noirs en valeur en conduisant la lumière sur la surface.

Le polissage se fait par passages successifs de carbos et/ou de papiers de verre de grains de plus en plus fins. Les grains que j'utilise vont de 220 (le plus gros) à 1200 (le plus fin). C'est cette succession de grains de plus en plus fins qui permet de polir la pierre, le premier papier retirant les traces de rifloir, puis chaque papier retirant les traces du précédent. Les papiers les plus importants sont le premier, car il doit impérativement retirer toutes les traces de rifloir (les papiers suivants sont trop fins pour cela), et le dernier qui donnera à la sculpture son lustre. Ce sont donc les papiers qu'il faudra passer avec le plus de soin et le plus longtemps. Si en arrivant au papier 1200, vous constatez qu'il reste une rayure de rifloir, il va malheureusement falloir recommencer l'ensemble des passages des différents papiers de verre… D'où l'intérêt de passer le premier avec beaucoup de soin et de s'assurer qu'il ne reste plus de rayures profondes avant le passage du papier suivant. Attention au fait qu'une fois la pierre mouillée, les rayures deviennent souvent invisibles et ne réapparaitront que lorsque la pierre sera sèche. Il faut donc bien sécher la pierre avec un chiffon doux pour s'assurer qu'il ne reste pas de rayures avant de passer au papier suivant.

Petit conseil pratique (mais très important) : veillez à changer d'eau et à bien nettoyer votre sculpture entre chaque grain de papier afin qu'il ne reste pas de pâte du passage précédent car celle-ci risque de générer de nouvelles rayures alors que c'est ce que vous essayez de retirer ! Attention également à ne pas provoquer de rayures avec le bord du papier… Enfin, vous pouvez vous équiper de supports sur lesquels placer le papier de verre, par exemple de petits bâtonnets qui permettront d'atteindre les noirs (j'aime beaucoup personnellement les outils en plastiques pour la pâte à modeler car ils ne risquent pas de rayer si le papier se déchire. Vous pouvez également placer votre papier sur une semelle intérieure de cordonnier ce qui vous permettra d'appuyer plus fort lorsque la pierre est dure (indispensable pour le marbre !).

Attention à toujours suivre les volumes de la sculpture en passant les différents papiers de verre car, mine de rien, pas mal de matière est retirée pendant cette étape (surtout sur les pierres tendres), alors il est important que cela se fasse en suivant les formes qui ont été définies pendant le travail, c'est également ainsi qu'on obtiendra une sculpture sur laquelle la lumière se diffuse harmonieusement.

Cette étape s'achève avec le passage sur la sculpture d'un produit de protection comme la pâte à polir ou la cire. L'objectif de ces produits est de faire briller la pierre et de la protéger. Il faut faire bien attention à ce que la pierre soit bien sèche avant d'appliquer ces produits, j'ai pris l'habitude de laisser toujours passer une nuit entre la fin du polissage et l'application du produit, car si la pierre n'est pas bien sèche, le produit ne pénètrera pas et laissera des traces sur la pierre. La cire peut s'appliquer à l'aide d'un simple chiffon et, une fois sèche, lustrée avec une chaussette en laine. Il faut éviter les surplus de cire qui ont tendance à s'accumuler dans les noirs de la sculpture (contrairement au bois, la pierre n'absorbe pas la pierre) et faire bien attention à utiliser une cire incolore (beaucoup de cires labellisées incolores sont en réalité jaunâtres), par exemple une cire des antiquaires.

Pour ce qui est de la pâte à polir, elle s'applique à l'aide du disque de coton que l'on fixe sur la perceuse, on passe le disque sur le pain de pâte afin de bien l'imbiber, puis on passe le disque sur l'ensemble de la sculpture afin de faire briller celle-ci. Attention à ne pas cogner la sculpture avec la perceuse ou l'axe du disque ! J'ai utilisé la pâte à polir pour les albâtres et la cire pour toutes les autres pierres.

A noter que toutes les pierres ne prennent pas le poli, par exemple le calcaire qui après le passage du papier de verre pourra être protégé à l'aide un produit hydrofuge pour pierres.

Le soclage

Le choix d'un socle

Sculpture dont la position est donnée par son socle et qui a dont été travaillée en rapport avec celui-ci
Sculpture dont la position est donnée par son socle et qui a dont été travaillée en rapport avec celui-ci
Sculpture posée sur un socle en Frêne
Sculpture posée sur un socle en Frêne

Une sculpture repose généralement sur un socle qui permet de la positionner et de la mettre en valeur. Le socle est un élément constitutif primordial de la sculpture dont il fait entièrement partie (les mesures de la sculpture intègrent le socle). Le socle a également pour vocation de d'isoler la sculpture de l'élément sur lequel elle est posée, par exemple une sculpture blanche sur un piédestal blanc risque de ne pas être mise en valeur, l'avantage du socle est que sa forme et sa couleur sont choisis pour correspondre au mieux à la sculpture. Ne pas mettre de socle à une sculpture est possible si celle-ci est stable et se suffit à elle-même. Le socle peut également être sculpté dans la pierre de la sculpture elle même.

Le choix d'un socle pour une sculpture est une décision artistique importante, il arrive que le socle soit choisi dès le début du travail de la sculpture (notamment lorsqu'il modifie la position de celle-ci, il est alors important de travailler la sculpture dans la position qui sera finale) ou bien être choisi en fin de travail mais si possible pas tout à fait à la fin car le socle peut pousser à apporter quelques retouches à la sculpture.

Le socle peut parfois être une simple plaque de pierre ou de bois (que l'on trouve chez les marbriers ou les menuisiers, notamment sous forme de chutes) qui sert à établir une base à la sculpture ou à la maintenir en position.

Trouver le bon socle pour la bonne sculpture n'est pas toujours évident, il faut que la taille, la forme, la couleur, l'aspect du socle correspondent à la sculpture, il faut donc soit faire découper un élément à la bonne taille (pierre, bois, métal, verre, plexiglas...), soit avoir la chance de trouver le bon élément, d'où l'intérêt de collecter des éléments au fur et à mesure du temps (morceaux de bois, pierres trouvées lors de promenades, galets, pavés etc.) ce qui permettra d'avoir du choix à disposition.

Le perçage

Une fois le socle trouvé et la sculpture terminée (idéalement avant la toute fin du polissage, car le perçage peut entrainer l'apparition de rayures sur la sculpture qui nécessiteront de repolir, donc on peut percer avant de se lancer dans le polissage final), il faut les assembler.

Il est possible de simplement poser la sculpture sur le socle si celui-ci est parfaitement plat et la sculpture parfaitement stable, dans ce cas aucun perçage n'est nécessaire. Lorsque ce n'est pas le cas, il faut solidariser la sculpture avec son socle, soit définitivement, soit provisoirement. On utilise généralement des systèmes de tiges ou de tubes qui peuvent être en laiton, en aluminium ou en acier, d'un diamètre qui dépend du poids de la sculpture et qui seront enfoncés dans le socle et dans la sculpture afin de les maintenir ensemble. Il est généralement préférable de ne pas fixer la tige dans la sculpture et le socle, ce qui permet de les désolidariser lors des transports, ce qui rend ceux-ci plus faciles, notamment dans le cas de sculptures un peu lourdes. Il faut alors prendre de grandes précautions lorsque l'on souhaite transporter l'ensemble formé par le socle et la sculpture à bien maintenir les deux en place avec les mains...

L'opération de perçage qui permettra d'insérer la tige entre le socle et la sculpture est une opération très délicate car il faut que le percement se fasse dans le bon axe pour que la sculpture repose sur son socle selon l'angle souhaité. C'est particulièrement compliqué dans le cas de sculptures lourdes et donc difficiles à manipuler, de sculptures très petites, de socles très durs (granits, grès, schistes…) ou de formes et d'axes un peu compliqués.

Il faut déterminer le diamètre de la tige qui sera utilisée, celui-ci dépend évidemment du poids de la sculpture, mais aussi de la pression qui s'exerce (une sculpture tigée en hauteur devra avoir une tige plus grosse). Les tiges standard utilisées vont du 4 (pour de très petites sculptures) au 10 (pour des sculptures de taille moyenne en hauteur ou de grande taille sans aucune pression), mais il existe évidemment des tige bien plus grosses qui sont indispensables pour de grosses sculptures. Il est à noter que les tubes (creux) sont, à diamètre égal, toujours plus solides que les tiges (pleines). Le choix du métal semble surtout dépendre du rendu souhaité si la tige est visible. Des informations précises sur les qualités respectives du laiton, de l'aluminium et de l'acier en termes de résistance et de coefficient de dilatation à la chaleur peuvent être recueillies sur des sites spécialisés en matériaux.

Pour socler la sculpture, il va falloir percer successivement le socle et la sculpture elle-même dans le même axe.

  1. Il faut tout d'abord déterminer à quel endroit seront percés le socle et la sculpture, pour cela prendre un repère sur l'un des deux d'un endroit où ils se touchent si la sculpture repose sur son socle (comme ça la tige ne se verra pas) ou d'un endroit en équilibre si la sculpture est positionnée en hauteur.
  2. Il faut ensuite positionner la sculpture sur son socle dans le bon axe pour prendre des repères verticaux, on peut pour cela utiliser une équerre de maçon pour dessiner les axes sur les 4 côtés de la sculpture ou bien utiliser les niveaux à bulle laser qui projettent un trait vertical qu'il ne reste plus qu'à repasser au crayon.
  3. On sépare alors la sculpture et son socle pour commencer le perçage, toujours par le socle (comme ça au cas où il casse, la sculpture pourra être adaptée à un autre socle) que l'on pose sur une surface bien plane et que l'on perce à l'aide d'une perceuse (si possible sans percussion car il y a risque d'éclatement) avec la mèche appropriée. A noter que pour les pierres très dures il existe des mèches diamantées qui fonctionnent très bien et font des trous beaucoup plus précis qu'à la mèche béton (il faut faire attention à bien arroser d'eau la mèche pendant le perçage afin d'éviter que les diamants ne brûlent sous l'effet de la chaleur, ce qui serait dommage étant donné leur prix élevé). En termes de profondeur, c'est à jauger en fonction de l'épaisseur de socle et de la pression exercée sur la tige.
  4. On peut ensuite passer au perçage de la sculpture. C'est un peu plus compliqué que pour le socle car cette fois on ne peut simplement la poser sur une surface plane car il faut la retourner et que son haut n'est généralement pas régulier. On peut alors utiliser des sacs de sable dans un seau ou une bassine qui permettent de positionner la sculpture tête en bas. On la placera de telle manière que les axes tracés précédemment soient bien verticaux et on la calera bien pour qu'elle ne bouge pas pendant le perçage. On utilise selon le type de pierre soit des mèches à bois pour les pierres tendres, soit des mèches béton ou diamantées pour les pierres dures (dans ce dernier cas, ne pas oublier de faire un pré-trou avec une pointe car le bout de la mèche étant arrondi, celle-ci risque de glisser).
  5. Il ne reste plus alors qu'à mesurer la profondeur de chacun des deux trous, de les additionner et de couper la tige ou le tube à la bonne longueur (ne pas oublier de l'ébarber afin qu'il n'abime pas la sculpture).

La présentation

Il ne reste plus alors qu'à se préoccuper de la présentation de la sculpture en exposition.

Le transport de sculptures

Le transport est l'un des aspects les plus embêtants de la sculpture, notamment lorsqu'il s'agit de pierre à cause du poids et de la fragilité de la matière. Il est donc important de bien protéger les sculptures, soit avec du papier bulle soit avec des couvertures propres (j'insiste sur la propreté car les saletés peuvent rayer la matière). Il est intéressant d'utiliser des caisses de transport, mais la difficulté est de trouver des éléments suffisamment solides pour supporter le poids de la sculpture. Il est possible de créer ses propres caisses de transport sur mesure en bois avec des systèmes de poignées. On peut également utiliser (c'est ce que je fais pour les pierres) des bacs à ciment en plastique épais que l'on pourra munir de poignées solidement fixées, l'avantage de ces bacs étant qu'il peuvent facilement être utilisés pour tous types de sculptures.

Les piédestaux ou socles de présentation

Socles de présentation en bois à peindre
Socles de présentation en bois à peindre

Les sculptures sont généralement présentées sur ce qui est couramment appelé des socles, c'est-à-dire des tours de présentation. Je préfère les appeler piédestal afin de bien les différencier du socle de la sculpture dont nous avons parlé ci-dessus. Ces piédestaux sont généralement en bois, fermés sur les 4 côtés et peints en blanc (c'est même imposé dans le cadre de nombreuses expositions, alors autant s'y tenir). Le choix des dimensions du piédestal d'une sculpture est très important car c'est ce qui va déterminer la manière dont le visiteur percevra la sculpture, si celle-ci est placée un peu trop bas ou trop haut, l'effet sera complètement raté !

A noter qu'il existe des piédestaux tout faits et prêts à peindre en vente chez Boesner (surtout au magasin de Champigny) pour ceux qui ne veulent pas se compliquer la vie à bricoler ou dans les cas d'urgence. Ils existent en diverses dimensions. Ils sont très solides et pratiques, avec simplement deux reproches : ils sont difficiles à transporter car volumineux (ils ne peuvent se démonter ni s'empiler comme des poupées russes) et difficiles à tenir en main (pour cela j'ai créé des poignées en perçant le haut et le bas du socle sur 10cmx2cm pour pouvoir passer la main, c'est très très pratique !).

Pour les courageux qui voudraient fabriquer leurs propres socles, il faut choisir du bois assez solide et bien assembler les éléments pour que le piédestal puisse supporter les transports et le poids des sculptures. A noter le grand intérêt de créer soit des socles empilables les uns dans les autres, soit des socles démontables car les piédestaux représentent l'essentiel du volume dans un transport de sculptures.

L'éclairage

L'éclairage d'une sculpture est un élément majeur dans la présentation de celle-ci, il est malheureusement trop souvent négligé dans les expositions. Il peut être intéressant de prévoir un dispositif d'éclairage propre pour certaines sculptures, notamment lorsque celles-ci sont translucides. Ainsi les socles peuvent être munis de points lumineux qui éclaireront la sculpture. A noter tout de même que la lumière naturelle est celle qui convient le mieux aux sculptures en pierre, alors profitez des verrières et baies vitrées !

 

 

Les différents types de pierres Lire la suite : Les différents types de pierres

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